Les technologies de détection des faux médicaments

La guerre contre le trafic de médicaments faux / falsifiés / contrefaits se joue aussi sur le terrain de la technologie.

Développées par des spécialistes et mises en œuvre par les fabricants et les distributeurs, de nombreuses technologies dites d’authentification, d’inviolabilité et de traçabilité sont aujourd’hui disponibles pour permettre à tout moment de la vie du médicament d’assurer son intégrité et de distinguer avec certitude le vrai du faux. L’utilisation systématique à grande échelle de tels outils au sein de stratégies cohérentes a démontré son efficacité.

1. Les types de dispositifs

Pharmaceutique ou non, la lutte contre la contrefaçon fait appel à des notions qui prêtent parfois à confusion. En effet, chacune de ces notions recouvre des besoins bien différents, mais les dispositifs qui y répondent sont le plus souvent complémentaires pour assurer une parfaite sécurisation du produit.

1.1 Identification

L’identification d’un produit désigne la capacité à le différencier parmi d’autres au sein d’un lot. Un numéro ou un code barre remplissent par exemple cette fonction.

Si elle répond à d’autres besoins que ceux liés à la lutte anti-contrefaçon (gestion des stocks, facturation, etc.), l’apposition d’un dispositif d’identification est un préalable indispensable à la traçabilité d’un produit.

L’identification se distingue de l’authentification dans la mesure où l’identification ne garantit pas le caractère authentique d’un produit : Les procédés d’identification sont le plus souvent duplicables (par exemple, un code à barre peut être photocopié).

Les dispositifs d’identification jouent un rôle dans la mise en œuvre des stratégies de lutte contre la contrefaçon, mais ne peuvent donc être qualifiés en propre de « technologies anti-contrefaçon ».

1.2 Authentification

L’authentification d’un produit est sa capacité à apporter la certitude qu’il est bien ce qu’il prétend être. La valeur d’un dispositif d’authentification (ou authentifiant) repose donc sur ce caractère de non-falsifiabilité et sur le degré de certitude qu’il confère à l’utilisateur : le résultat de toute tentative d’imitation d’un marqueur d’authentification ne doit pas pouvoir prêter à confusion dans l’esprit du consommateur, et la technologie indispensable à sa  reproduction doit être impossible ou tout au moins très difficile d’accès.

Parmi les technologies d’authentification disponibles, les plus fiables sont indissociables du produit lui-même (marqueur chimique par exemple) et d’autres peuvent être simplement apposées sur son emballage (hologramme par exemple). Dans ce dernier cas, elles doivent, pour garder leur efficacité, être associées à un dispositif d’inviolabilité qui interdit toute substitution du produit protégé. L’authentification est donc au cœur de la problématique de lutte préventive contre la contrefaçon et ces dispositifs peuvent être qualifiés en propre de « technologies anti-contrefaçon ».

1.3 Traçabilité

La traçabilité d’un produit désigne sa capacité à être retrouvé tout au long de sa vie  au  sein du processus de production et de distribution. Cette traçabilité s’attache donc au parcours du produit autant dans le temps (historique) que dans l’espace (localisation).

Un système de traçabilité nécessite un dispositif d’identification, de collecte et d’enregistrement des informations, capable de les restituer à la demande.

Contrairement à l’authentification qui porte sur l’intégrité du produit lui-même, les technologies de traçabilité s’attachent au produit sous son aspect dynamique, c’est-à-dire en tant qu’il est intégré à un processus. En effet, l’efficacité des dispositifs de  traçabilité dépend du caractère systématique des procédures de contrôle qu’ils impliquent. La mise en œuvre d’un système de traçabilité suppose donc une harmonisation des moyens logistiques à grande échelle.

La traçabilité joue un rôle majeur dans la lutte contre la contrefaçon des produits de santé.

1.4 Inviolabilité

L’inviolabilité d’un conditionnement désigne sa capacité à révéler toute tentative d’ouverture afin d’interdire la substitution de son contenu et donc de garantir intégrité du produit.

Dans le cadre de la lutte contre la contrefaçon de médicaments, il existe aujourd’hui de nombreux dispositifs applicables aux conditionnements primaires (blisters, piluliers, etc.) et secondaires (étuis, etc.) : étiquettes de sûreté, cartons pré-perforés, colles spéciales, etc.

Le déploiement à grande échelle de tels dispositifs,  relativement peu coûteux, rencontre parfois un obstacle juridique notamment au sein de la Communauté européenne qui autorise le reconditionnement des médicaments dans le cadre des importations parallèles.

Cette possibilité offerte aux grossistes pour adapter l’emballage et les notices des médicaments au marché national auquel ils destinent le médicament acheté dans un pays voisin est incompatible avec les dispositifs d’inviolabilité.

Les instances de la Communauté européenne ont compris le problème et s’attachent – encore imparfaitement – à trouver une parade à ce problème.

2. Les technologies d’authentification

Le recours aux technologies d’authentification pour lutter contre la contrefaçon de médicaments s’impose aujourd’hui comme une évidence.

Leur utilisation est recommandé par l’OMS qui a préconisé (à Rome en février 2006 par exemple) le développement de solutions innovantes pour prévenir la contrefaçon et, plus récemment encore, la Directive européenne « médicaments falsifiés » a confirmé et renforcé cette recommandation par une obligation.

2.1 Le principe de l’authentification

Contrairement à d’autres types de contrefaçon (dans lesquels le consommateur est parfois complice du faussaire), le trafic de médicaments falsifiés repose sur la duperie du patient qui croit toujours avoir affaire à un véritable médicament.

En effet, la qualité des conditionnements des médicaments contrefaits  atteint désormais souvent un tel niveau de perfectionnement que même un examen minutieux et comparatif des produits ne permet pas de distinguer la copie de l’original.
C’est ici que les technologies d’authentification jouent un rôle stratégique : en permettant aux revendeurs intermédiaires et/ou aux patients de vérifier avec certitude l’authenticité du produit qu’ils achètent, les fabricants de médicaments font perdre aux contrefacteurs  un atout majeur dans l’organisation de leur trafic.

2.2 Deux types de technologies d’authentification

S’il n’existe pas de classification officielle des technologies d’authentification, celles-ci se répartissent en deux familles.

Chaque solution présente des avantages et des inconvénients, ce qui plaide en faveur de leur utilisation conjointe et raisonnée au sein d’une stratégie anti-contrefaçon cohérente.

• Les technologies visibles ou « ouvertes » (over)

Le patient et tous les intervenants dans la chaîne de distribution (grossistes, pharmaciens, hôpitaux.) sont invités à vérifier par eux-mêmes l’authenticité du produit grâce à la présence visible d’un marqueur sur le médicament ou, la plupart du temps, sur son l’emballage. Parmi ces solutions, nous trouvons par exemple des authentifiants sous la forme d’hologrammes ou d’étiquettes imprimées avec des encres spéciales dont la couleur change en fonction de l’inclinaison du produit.

Avantages de ces solutions :

•    Elles permettent à tous les acteurs de la chaîne de production et de distribution des médicaments de vérifier facilement l’authenticité du produit.

•    La vérification du marqueur ne nécessite aucun matériel particulier, ni connaissance spécifique, ce qui rendent la démarche accessible à tous les patients.

•    Elles ont un effet dissuasif pour les contrefacteurs.

•    Elles contribuent à responsabiliser le patient.

Inconvénients de ces solutions :

•    Elles procèdent du principe que les contrefacteurs ne pourront imiter le marqueur. Elles doivent donc reposer sur une technologie d’une grande fiabilité dont le procédé de fabrication est inaccessible au public. Or, les trafiquants disposent aujourd’hui de moyens financiers considérables pour se procurer du matériel de haute technologie.

•    Elles sont transparentes aussi pour le contrefacteur qui identifie avec précision l’obstacle à contourner.

•    Elles nécessitent que le dispositif soit à usage unique, sans aucune possibilité de recyclage.

•    Lorsqu’elles sont attachées au conditionnement du médicament, elles doivent être assorties d’un dispositif d’inviolabilité.

•    Si le marqueur est falsifié (avec plus ou moins de succès) ou si le patient ne prend pas l’habitude de le vérifier, elles peuvent induire un faux sentiment de sécurité.

• Les technologies invisibles ou « cachées » (« covert »)

L’authentification est réalisée au moyen d’un marqueur qui n’est pas visible par le patient mais qui est détectable par un tiers (fabricant, pharmacien, douanier, etc.) disposant d’un savoir-faire et/ou de moyens techniques adaptés. Ces marqueurs peuvent être à l’intérieur du médicament lui-même ou de son conditionnement (encres, colles, etc.). Parmi ces éléments d’authentification invisibles, les marqueurs chimiques par exemple constituent une signature du produit et permettent de l’identifier avec certitude.

Avantages de ces solutions :

•    Elles sont extrêmement fiables, simples et peu coûteuses à mettre en œuvre.

•    Elles permettent aux titulaires de droit d’identifier avec certitude les produits contrefaisants.

•    Le marqueur étant caché, le contrefacteur n’est pas alerté sur sa présence.

Inconvénients de ces solutions :

•    Elles nécessitent des opérations de contrôle de l’authenticité du médicament plus contraignantes à mettre en œuvre qu’un simple examen visuel du produit.

•    Leur efficacité repose essentiellement sur le secret autour de la présence du marqueur et de sa nature. La divulgation de cette information peut mettre en péril l’intérêt du dispositif.

•    Le patient est tenu à l’écart dans la procédure d’authentification.

2.3 La standardisation des dispositifs d’authentification en question

Comme nous venons de le voir, il existe différents types de marqueurs et de nombreuses technologies disponibles pour garantir l’authentification des médicaments. Aujourd’hui, chaque industriel a toute latitude pour développer son propre système d’authentification. Ces choix dépendent évidemment des caractéristiques techniques intrinsèques  du dispositif, mais aussi de bien d’autres critères. Parmi ceux-ci, nous pouvons citer :

•    Le coût direct de mise en œuvre du procédé ainsi que ses implications indirectes dans la chaîne de distribution ;

•    La facilité de mise en œuvre opérationnelle des dispositifs ;

•    L’impact sur le sentiment de sécurité que confère le médicament au patient ;

•    La sécurité d’approvisionnement de ces technologies ;

•    Le caractère évolutif des procédés et de la protection apportée.

Face à l’ensemble de ces contraintes, aucun système d’authentification ne s’impose avec évidence si bien que chaque entreprise s’attache à sécuriser ses produits avec différents procédés. Cette diversité de systèmes est-elle préjudiciable à leur efficacité ?

Cette question est au cœur des réflexions menées par la commission technologie du groupe Impact. Il ressort de son travail que :

•    aucune solution technologique d’authentification des médicaments n’est applicable universellement aussi bien dans les pays émergents que dans les pays développés ;

•    chaque approche doit tenir compte des habitudes des consommateurs et du niveau de  développement économique de la zone géographique dans laquelle elle sera mise en œuvre ;

•    une standardisation des moyens technologiques d’authentification des médicaments serait contre-productive et faciliterait le travail des contrefacteurs.

En effet, cette diversité  des technologies d’authentification des médicaments renforce la sécurisation des produits en réduisant les risques de copie. La valeur de tels dispositifs dépendant de l’avance technologique que les industriels arriveront à garder sur les contrefacteurs, cette absence de standardisation constitue un atout. Cet avantage doit d’ailleurs être entretenu en changeant régulièrement de technologie, ce qui suppose de maintenir les  investissements en recherche et développement dans le secteur.

3. Les technologies d’identification et la traçabilité

La traçabilité des médicaments n’est pas un outil exclusivement dédié à la lutte contre la contrefaçon.

En termes de sécurité sanitaire par exemple, elle est indispensable pour assurer le retrait des lots potentiels en cas d’anomalie et elle est obligatoire dans de nombreux pays.

Utilisée dans une perspective de lutte anti-contrefaçon, la traçabilité d’un médicament consiste pour un laboratoire pharmaceutique à marquer son produit afin de le suivre et de sécuriser ainsi sa distribution.

Son principe repose sur l’application et le contrôle systématique du support contenant les informations. La comparaison de ces informations avec celles contenues dans une base de données centralisée et sécurisée, permet donc de vérifier la conformité du produit. De là, toute anomalie (et a fortiori l’absence de marquage) permet de déduire que l’on est en présence d’un médicament contrefait.

La Commission européenne a précisé en 2008 « qu’un système efficient de traçabilité pour les produits de santé est crucial pour combattre la contrefaçon ».

3.1 La Directive européenne « médicaments falsifiés » : renforcer les dispositifs de sécurisation

Le point 11 du préambule de la directive recommande une harmonisation des dispositifs de sécurité applicables aux médicaments : « Ces dispositifs de sécurité devraient permettre de vérifier l’authenticité et d’identifier les boîtes individuelles, ainsi que d’apporter toute preuve d’effraction ».

La Directive rend obligatoire l’apposition de dispositifs de sécurité sur l’emballage pour certains médicaments. Ces dispositifs devront permettre aux acteurs de la chaîne pharmaceutique concernés de :

1. Vérifier l’authenticité du médicament ;

2. Identifier les boîtes individuelles de médicaments ;

3. Vérifier si l’emballage extérieur du médicament a fait l’objet d’une effraction.

3.2 Les systèmes de traçabilité

Parmi les nombreux outils technologiques disponibles pour réaliser cette traçabilité des produits pharmaceutiques, voici les trois principaux systèmes qui ont été étudiés :

• Le Datamatrix (2D)

Le GS1 Datamatrix est un code à barres matricielles bidimensionnelles (2D) à haute densité.

Outil d’identification et de sérialisation, ce système de codification se présente sous la forme d’une matrice constituée de points ou de carrés juxtaposés permettant de faire figurer une somme très importante d’informations sur un espace très réduit : code produit, numéro de lot, date de péremption, numéro de série, etc. Il ne s’agit donc pas à proprement parlé d’un système d’authentification.

En outre, les dernières normes du Datamatrix favorisent le traitement automatisé des données et l’interopérabilité des systèmes ce qui facilite sa mise en œuvre à grande échelle.

Le Datamatrix est robuste et extrêmement compétitif en termes de coût (0,1 à 0,3 cts d’euros par étiquette). Ce système a été utilisé avec succès pour coder les produits destinés à la santé animale (le 26 Octobre 2004, le Conseil d’Administration de la Fédération Internationale de la Santé Animale a adopté une norme mondiale de marquage – Data Matrix  ECC 200 – des médicaments vétérinaires permettant de supporter l’information nécessaire aux exigences de traçabilité émanant de toute la filière de la chaîne alimentaire).

L’utilisation systématique du Datamatrix comme système de traçabilité des médicaments soumis à AMM a d’ores et déjà été rendue obligatoire dans certains pays et est en passe de le devenir dans d’autres :

– France obligatoire depuis janvier 2011

– Tous les autres pays européens (2016 au plus tard) à l’exception de la Belgique, la Grèce et l’Italie (2022 au plus tard)

– Corée (prévue janvier 2012)

– Canada (prévue décembre 2012)

L’OMS s’est déclarée en faveur de l’utilisation du système Datamatrix pour assurer la traçabilité des médicaments.

Son application a un impact important sur la chaîne logistique à commencer par les lignes de conditionnement et oblige les entreprises à créer des bases de données internes incluant tous les N° de série appliqués sur les boites.

Ses principaux atouts sont de :

– Garantir un rappel aisé et rapide des lots en cas de défaut de fabrication ou d’urgence sanitaire ;

– Sécuriser la dispensation jusqu’au patient ;

– Contrôler de manière permanente l’ensemble du flux des médicaments ;

– Lutter contre la contrefaçon ;

– Lutter contre les circuits parallèles de vente des médicaments ;

– Lutter contre  la fraude au remboursement ;

– Passer d’un objectif de rappel de lots à une véritable optimisation de sécurisation de la chaîne du médicament vers l’amont et vers l’aval en marquant individuellement et systématiquement chaque conditionnement secondaire (étui) de médicament.

Les inconvénients :

– pas de lecture à distance possible

– difficulté de modifier le contenu du code  (pouvant aussi être vu comme un avantage du point de vue sécuritaire)

• La  « Radio Frequency IDentification » (RFID)

Le sigle RFID désigne une technologie qui permet l’identification d’un objet à distance et la collecte des informations qui se rapporte à ce produit.

Son principe consiste à apposer sur le produit lui-même ou sur son conditionnement une étiquette émettant des ondes radio. Ces ondes transmettent l’information à un lecteur.

Cette possibilité de lecture à distance constitue l’atout principal de cette technologie : le RFID permet la lecture des étiquettes à travers de fines couches de matériaux (bâches, cartons, peinture, neige, etc.).

Envisagée comme outil de traçabilité dans le cadre de la lutte contre la contrefaçon de médicaments, le RFID n’a finalement pas convaincu l’OMS et la plupart des industriels.

En effet, son manque de robustesse (interaction avec les métaux et les liquides perturbant la lecture), l’absence de standards harmonisés, des problèmes de confidentialité et surtout son coût élevé (de 20 à 40 cts d’euros par étiquette) font obstacle à son développement. On peut aussi noter les problèmes d’accès aux données stockées que posent la présence d’un blindage électromagnétique (sur le principe de la « cage de Faraday ») dans la carrosserie d’un camion, la coque d’un bateau, la carlingue d’un avion, etc.

La RFID peut présenter un intérêt ponctuel pour le marquage de certaines caisses ou palettes dans un but logistique mais cette technologie ne peut à ce jour constituer un outil de marquage, d’identification et de traçabilité universel.

• Le Pedigree

Le « Pedigree » n’est pas une technologie mais un principe de suivi de la commercialisation des médicaments conçu par les américains. Sa mise en œuvre suppose le recours aux technologies exposées ci-dessus (datamatrix et/ou RFID).

Défini par la FDA, le principe du Pedigree repose sur la création d’un document, papier ou électronique  (e-pedigree), qui contient les informations (financières et logistiques) enregistrées à chaque mouvement d’un médicament délivré sur ordonnance.

Ce document assure donc la traçabilité du médicament à chaque étape de sa distribution depuis la première commercialisation par le fabricant jusqu’à sa vente finale en officine ou à un tiers qui administre ou dispense le médicament (hôpital, dispensaire, etc.).

Ce document est mis à jour à chaque transaction entre intermédiaires.

Il contient la dénomination, le dosage, la taille des boîtes, leurs nombres, le numéro de lot, le nom et l’adresse de l’opérateur  ainsi que la date de chaque transaction.

Le pedigree peut être réalisé au lot ou à la boîte (étui). Réalisé à la boîte, le pedigree suppose une connaissance et un enregistrement précis de la hiérarchie du conditionnement et des supports de distribution tout au long de la chaîne d’approvisionnement (palette, caisse, boîte).

Dans ce dispositif, l’industriel doit pouvoir faire correspondre (par le biais du Datamatrix par exemple) chaque code de produit avec le contenant dans lequel il se situe.

Le mPedigree

Dernier né des moyens de lutte contre la contrefaçon de médicaments, le mPedigree est un outil  permettant aux consommateurs (exclusivement africains pour l’heure) de vérifier l’authenticité d’un médicament au moment de son achat par l’envoi d’un simple SMS.

Le principe est de suivant : en amont, le fabricant du médicament appose sur chaque emballage une étiquette à gratter. Il s’agit du même système utilisé pour les cartes téléphoniques prépayées, dont le dispositif de sécurité a fait ses preuves. Une fois grattée par le patient, cette étiquette révèle un code de vérification unique (numéro) qu’il suffit d’envoyer par SMS vers un serveur qui vérifie instantanément le médicament par retour de SMS en contrôlant dans une base de données la validité du numéro de série et le nombre d’interrogations réalisées sur ce même numéro.

Conçu par une société ghanéenne et testé dans le pays depuis janvier 2008, ce dispositif est le fruit d’un partenariat entre un constructeur informatique, des laboratoires pharmaceutiques, un opérateur de télécommunications et les instances gouvernementales de santé.

Organisation à but non-lucratif, le mPedigree présente l’avantage d’être entièrement gratuit pour les consommateurs ; son financement étant pris en charge par les laboratoires pharmaceutiques partenaires.

Outre le Ghana, le système devrait être déployé dans cinq autres pays : au Niger, en Tanzanie, au Kenya, en Ouganda et au Cameroun.

4. Les outils d’analyse physico-chimique rapide (sur le terrain) des médicaments

S’ils ne sont pas à proprement parler des «dispositifs anti-contrefaçon » dans la mesure où ils ne protègent pas les produits authentiques, certains outils peuvent jouer un rôle complémentaire  important dans les stratégies de la lutte contre le trafic de faux médicaments en permettant de vérifier rapidement l’authenticité d’un médicament.

Voici les deux principales technologies disponibles pour procéder à une analyse fiable et rapide d’un produit hors laboratoire.

4.1 Le spectromètre portable Truscan

Conçu à partir de la spectroscopie Raman, une méthode d’analyse de la composition moléculaire d’un produit, le Truscan est un appareil portable qui permet de vérifier l’authenticité d’un médicament directement sur le terrain (quai de chargement, entrepôt, route, etc.).

Facile d’utilisation même pour un utilisateur novice, l’instrument cumule les avantages : robustesse, mobilité (1,8 kg), rapidité (résultat en moins d’une minute), adaptabilité (analyse des composés solides et liquides), la fiabilité (la méthode a été approuvée par la plupart des laboratoires pharmaceutiques).

De plus, le système permet analyse du médicament à analyser à travers divers types d’emballage (plastiques, blisters, verre, etc.), sans destruction du produit.

Suite à l’analyse, le Truscan affiche le résultat sur un mode binaire (« pass /failed »). En cas de rejet de l’échantillon, le Truscan peut également permettre d’identifier les composants chimiques inconnus.

Le principal atout stratégique du Truscan est son extrême portabilité et sa capacité à être utilisé par du personnel non spécialiste de l’analyse chimique (policiers, douaniers, médecins, pharmaciens, infirmiers, etc.). Le Truscan est d’ailleurs de plus en plus utilisé par les services de contrôle et de répression de la contrefaçon de médicaments partout dans le monde.

Son inconvénient principal est son coût, mais également la nécessité de charger dans sa base de données les informations caractéristiques des molécules (banques de données spectrales contenant les spectres de référence).

4.2 Le GPHF-Minilab

Développé dans le cadre d’un partenariat public / privé allemand, le « Global Pharma Health Fund Minilab » est une sorte de laboratoire d’analyse compact et mobile permettant de détecter rapidement et à faible coût une contrefaçon de médicament.

Il permet de procéder à l’analyse d’un échantillon en 4 étapes (inspection visuelle, test de désintégration, test de réaction colorée et test de chromatographie sur couche mince) et de comparer les résultats avec une base de données composées à l’heure actuelle d’une quarantaine de médicaments (antimicrobiens, antihelminthiques, antirétroviraux, antipaludiques, antituberculeux, etc.).

L’utilisation de ce matériel nécessite une formation analytique spécifique.

A ce jour, plus de 440 minilabs ont été fournis dans 70 pays parmi lesquels le Cambodge, le Laos, Madagascar, le Nigéria ou encore la Tanzanie.