Opioïdes falsifiés : la nouvelle menace !

Le Fentanyl est de plus en plus utilisé à des fins toxicomaniaques, notamment aux Etats Unis et au Canada. A l’origine, il s’agit d’un médicament antidouleur utilisé notamment dans le traitement de graves cas de cancer. Il est prescrit par le corps médical depuis les années 1960 et a commencé à envahir les rues Outre-Atlantique dans les années 1970 sous forme de « cocktail fentanyl-héroïne ». Ses effets sont immédiats et peuvent tuer dès la première prise. Le médicament a gagné rapidement en popularité au Québec mais aussi aux États-Unis, où, dans certains États, il tue désormais plus que l’héroïne. Au cours des dernières décennies, le fentanyl illicite s’est largement infiltré et avec lui de plus en plus de pilules falsifiées. Ces pilules se vendraient entre 10 et 20 dollars dans la rue, une manne financière de plusieurs millions pour les trafiquants.

Les saisies de fentanyl ont augmenté de 72% entre 2015 et 2016

Sur plus de 64 000 décès par surdose d’opioïdes recensés aux Etats-Unis l’année dernière, plus de 20 000 ont été attribués au fentanyl et aux opioïdes synthétiques, soit deux fois plus qu’en 2015.
fentanyl

Un rapport de la DEA, l’agence antidrogue américaine, publié en octobre 2017, a clairement confirmé la prévalence, dans le pays, de fentanyl illicitement produit ayant contribué aux nombreux décès recensés l’année dernière. « Le fentanyl produit illicitement est de plus en plus disponible sous la forme de pilules contrefaites », indique le rapport. « Les trafiquants de fentanyl utilisent de la poudre de fentanyl et des presses à comprimés pour produire des pilules qui ressemblent à des opioïdes populaires, tels que l’oxycodone et l’hydrocodone. Les pilules sont vendues au marché noir aux États-Unis, et les utilisateurs ne réalisent généralement pas que les pilules contiennent du fentanyl. Dans de nombreux cas, les colorants, les marques et la forme des pilules contrefaites sont très semblables aux médicaments d’ordonnance authentiques. La présence de fentanyl ne peut être déterminée que pendant l’analyse en laboratoire.  »

Selon The Partnership for Safe Medicines, des médicaments d’ordonnance contrefaits contenant du fentanyl, ont été trouvés dans 40 états et sont liés à des décès dans plus d’une douzaine d’États

Chine et Mexique au cœur du trafic

Pour la DEA, le fentanyl est parfois détourné au sein d’établissements de santé, mais ça ne représenterait qu’une petite part du trafic. La majeure partie du fentanyl qu’on trouve en vente dans la rue serait en fait produite illicitement, en grande partie fabriquée en Chine et au Mexique avant d’être introduite clandestinement aux États-Unis par courrier postal. « Les quantités relativement faibles de fentanyl licite détournées par rapport aux kilogrammes de fentanyl produit illicitement, indique que le fentanyl produit illicitement est responsable de l’épidémie actuelle de fentanyl aux Etats-Unis », indique le rapport.

Dopés par la demande croissante aux Etats-Unis, les cartels mexicains se seraient emparés du phénomène et auraient commencé à installer leurs propres laboratoires de fabrication de fentanyl. Aujourd’hui, ils contrôleraient pratiquement la totalité de la production d’héroïne et de drogues synthétiques consommées au nord de la frontière. « Les organisations criminelles mexicaines montrent des signes continus de croissance et d’expansion », signale la DEA. Qui ajoute : « Aucun autre groupe n’est en mesure de les concurrencer. »

La Chine est également un fournisseur important et dans de nombreux cas, les trafiquants importent le principe actif et achètent des presses à comprimés en provenance de Chine pour fabriquer les pilules contrefaites. La DEA a découvert que les vendeurs de presse à comprimés trichaient sur les documents de transport ou envoyaient la machine « en kit » pour éviter d’être repérés lors de l’importation. En décembre 2017, ce sont deux américains (2) suspectés d’être à la tête d’une usine destinée à la fabrication de faux comprimés d’oxycodone, qui ont été arrêtés en Californie. Ils disposaient de 9 presses à comprimés, qu’ils alimentaient grâce à du fentanyl importé de Chine. Les documents de transport du fentanyl, importé en vrac, étaient falsifiés. Les trafiquants présentant leur chargement comme des « produits alimentaires et de beauté ». Les faux comprimés étaient revendus sur le dark web contre paiement en bitcoin.

Internet et services postaux, les failles du système

Une enquête du Sénat américain a révélé que les trafiquants chinois profitaient largement d’internet et de son anonymat pour vendre illégalement du fentanyl. En deux ans, près de 800 millions de dollars de pilules de fentanyl auraient ainsi fait leur chemin vers les Etats-Unis via des sites web illégaux et via le service postal américain. Un constat qui va dans le sens des résultats de l’étude publiée en janvier 2018 par , l’association nationale des pharmaciens -NABP- et menée sur 100 e-pharmacies illégales :
• plus d’un site sur deux (54%) vendaient des substances contrôlées. Un chiffre en très large augmentation par rapport au 13% identifies par NABP au cours des neuf dernières années
• 98% des sites n’exigeaient pas d’ordonnance valide.
• 76% des sites proposaient des médicaments provenant de l’étrangers ou non approuvés par la FDA
• 40% des sites vendaient des substances contrôlées y compris des opioïdes contenant du fentanyl. Le médicament le plus commun vendu sans ordonnance était le Xanax®,

L’enquête du Sénat a également pointé du doigt le problème posé par le service postal américain. Contrairement à des transporteurs comme UPS et FedEx pour lesquels les expéditeurs sont tenus par la loi de fournir des informations douanières sur les colis qu’ils expédient, la poste américaine, elle, ne réclame aucune formalité de ce genre. On estime ainsi que, l’année dernière, 318 millions de colis provenant de l’étranger n’avaient pas été contrôlés car ils avaient été expédiés par l’intermédiaire du service postal.

De nouvelles réglementations en Chine classant le fentanyl et d’autres opioïdes de synthèse comme substances contrôlées devraient avoir un effet modérateur sur ce phénomène. « La règlementation sur certaines substances publiée en octobre 2015 a entraîné une diminution de leur disponibilité aux Etats-Unis, et des calendriers supplémentaires devraient donner des résultats similaires », indique la DEA.

Quelques cas :

• Neuf personnes sont mortes dans le comté de Pinellas, en Floride, après avoir pris ce qu’elles croyaient être des pilules de Xanax, mais étaient en réalité des contrefaçons avec du fentanyl.
• Un chirurgien orthopédiste a été inculpé par un grand jury fédéral de West Palm Beach, pour avoir fourni de l’oxycodone falsifié à une jeune femme. Les pilules l’auraient amenée à faire une overdose et auraient provoqué son décès. L’analyse du produit fourni par le médecin a révélé qu’il avait été fabriqué illicitement en utilisant du fentanyl.
• Plus d’une vingtaine de patients ont été transportés d’urgence à l’hôpital, en Géorgie, présentant le même type de symptômes à savoir des défaillances d’organes et des septicémies. Tous ces patients avaient un point commun : tous avaient acheté dans la rue et consommé ce qu’ils croyaient être des pilules Percocet.

CHIFFRES CLES

  • 650 000 : C’est le nombre d’ordonnances d’opioïdes délivrées par jour aux Etats-Unis : la preuve d’une crise qui va au-delà d’un trafic illicite.
  • 2 milligrammes : Soit l’équivalent de quatre grains de sel. C’est la dose de Fentanyl illicite pur suffisante pour tuer un homme.
  • 95 % de la consommation mondiale d’opioïdes est concentrée sur l’Amérique du Nord, l’Europe de l’Ouest, la Nouvelle-Zélande et l’Australie.
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