Impression 3D : la falsification du futur ?

La technique d’impression 3D est devenue un processus de production incontournable dans le secteur de la santé. Elle permet depuis plusieurs années de fabriquer des dispositifs médicaux personnalisés, et elle s’est aussi, plus récemment, frayée un chemin dans le domaine de la pharma. C’est ainsi qu’en août 2015, la FDA américaine, en charge du contrôle et de la réglementation du médicament aux États-Unis, donnait son accord pour la fabrication du premier médicament imprimé en 3D : un antiépileptique.

L’impression 3D repose sur un système simple de dépôt de couches successives d’un matériau. Ça se fait aujourd’hui couramment pour le plastique, les métaux, ou les minerais, et bien ce principe peut être utilisé de la même façon pour un médicament. On dépose une couche de telle molécule, on ajoute un “liant” comme le glucose, on dépose une nouvelle couche, on ajoute le “liant”, et ainsi de suite. Selon la société américaine Aprecia Pharmaceutical, qui commercialise l‘antiépileptique américain, cette technologie permet également d’obtenir une formulation poreuse et une dissolution plus rapide que celle d’un comprimé lambda. Elle offrirait également la possibilité de concevoir des doses extrêmement précises en fonction du patient.

Imprimer ses médicaments à la maison ?

C’est ce qu’imaginent les experts du département de Santé de Dubaï. « Notre idée, c’est d’introduire cette technologie chez les patients, dans les hôpitaux et les cliniques. Les malades auront la possibilité « d’imprimer » eux-mêmes la dose indiquée de médicaments. Si cette méthode est appliquée correctement, elle sera moins coûteuse et plus rapide pour les patients. En ce moment, les hôpitaux ne produisent pas de médicaments, mais cela pourrait changer et les centres de santé seront en mesure de lancer leur propre production de médicaments », a expliqué Alvaro Goyanes, porte-parole de la société britannique FabRx

Une hypothèse beaucoup plus plausible serait tout de même que les hôpitaux et les pharmacies se voient équipés de telles machines pour produire eux-mêmes les médicaments en fonction des besoins précis de leurs patients. Une impression 3D à la demande permettrait d’ajuster le dosage en fonction du patient, voire d’associer différentes molécules en une seule pilule. Ce serait particulièrement intéressant pour des malades qui prennent beaucoup de médicaments dans la même journée. Une idée pas si futuriste au regard des travaux de l’université du Michigan, qui a inventé un processus permettant d’imprimer des doses précises de médicaments sur des surfaces variées, comme sur un patch par exemple.

Impression 3D, un défi de sécurité ?

Bien que l’impression 3D soit une véritable révolution positive pour le monde de la santé, elle représente aussi un sérieux défi pour les autorités. En effet sa capacité de reproduction soulève de nombreuses problématiques qui vont au-delà du respect des droits de propriété intellectuelle.

L’association Suisse des transitaires et des entreprises de logistique, a révélé en 2015 que des trafiquants auraient réussi à dissimuler un vol de conteneur grâce à l’impression 3D. En effet, un conteneur de médicaments bien qu’en apparence intact, aurait en réalité été forcé et volé d’une bonne partie de sa cargaison. C’est en découvrant que les scellés de sécurité du container avaient été remplacés par des contrefaçons imprimées en 3D que les autorités auraient compris la fraude. Une forme de contrefaçon d’autant plus dangereuse que la sécurité des patients dépend d’une détection rapide des vols et d’un retrait immédiat des lots de médicaments suspects.

« Les avantages de cette technologie ont déjà été découverts par le crime organisé. » a déclaré l’association.
3d Prining
Autre problème et non des moindres, comment s’assurer que le médicament « imprimé » est sûr ? Il n’y a pas encore de réponse à cette question qui nécessiterait une révision globale des règles de traçabilité et de sécurité de la chaine de production du médicament. On pense notamment les problèmes de cyber-sécurité. Les imprimantes sont beaucoup plus vulnérables que les procédés de fabrication traditionnels. Un hacker pourrait, par exemple, apporter des modifications à la recette ou aux doses d’un médicament dans l’hôpital ou la pharmacie où ils sont imprimés.

Aujourd’hui, si l’utilisation de ces machines pour fabriquer de faux comprimés n’est pas d’actualité, nous ne parlons pas de science-fiction. Des imprimantes 3D pourraient, dès demain, servir à fabrication illicite de dispositifs médicaux tels que les prothèses ou encore les valves cardiaques.

A quoi sert l’imprimante 3D en santé ?

• Cette technologie sert à recréer des mâchoires depuis 2012 ou des dents, ainsi que des prothèses orthopédiques.
• Il est possible de fabriquer de la peau humaine, grâce à l’imprimante 3D.
• En 2015, une vertèbre imprimée en 3D a été implantée sur un patient à l’hôpital universitaire de Pékin.
• En 2017, une équipe américaine a fabriqué des ovaires artificiels qui ont permis de donner naissance à des souriceaux

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